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Le 18 mai 2007
C'est
avec grand plaisir que je vous fais part que nous avons atteint
notre objectif de $ 30,000. Du
fond du coeur merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce
succès. Sans chacun de vous aujourd'hui
Mission-Partage ne pourrait dire" mission
accomplie". C'est vraiment main dans la main,
que tous ensemble nous avons réussi. Du fond du coeur, en
leur nom je vous remercie pour votre
amour, votre compassion et votre partage. Tel
que prévu, je quitterai le 28 mai prochain. Je me rendrai sur
place pour finaliser l'achat du terrain et également
superviser avec nos collaborateurs Indiens, la planification
des travaux. Compte tenu que nous serons dans
la période forte des pluies, les travaux débuteront dans la mesure
du possible mais la construction du refuge
sera remise à la fin de cette saison pluvieuse. Je vous
donnerai donc, au fur et à mesure que les étapes avanceront,
des nouvelles fraîches à partir de ce site.
Le 12 avril 2007
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Bonjour à tous,
je prends quelques minutes pour vous confirmer mon prochain départ pour Calcutta, le
28 mai prochain. Nous n'avons pas encore obtenu notre objectif de
$ 30,000.00 pour le refuge des femmes mais
il nous reste encore un mois et demi pour l'atteindre. Jusqu'à
maintenant, nous avons ramassé $ 24,714.17. Du fond du coeur,
merci à tous ceux et celles qui ont
contribué à ce succès.
Que Dieu bénisse chacun de vous. |
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BLOC 1
Je
suis arrivée ce matin à 5h30. C’est terriblement chaud
et humide, l’air est à peine respirable. Même si d’une
fois à l’autre je sais à quoi m’attendre, on dirait que
les cellules de mon corps oublient et c’est un choc à
chaque fois.
La
moitié du deuxième vol (+ ou – 5hres sur 11) entre
Londres et Calcutta a été très perturbée, nous avons
très peu dormi car nous devions redresser nos sièges et
attacher nos ceintures à tout moment. J’étais donc
fatiguée à mon arrivée et vraiment contente de voir mon
frère Joseph qui était là à m’attendre à l’aéroport,
comme d’habitude je me suis sentie bienvenue. Compte
tenu de l’heure matinale à laquelle je suis arrivée
(avant la circulation dense des travailleurs), nous
avons mis un peu plus d’une heure pour nous rendre à
Amtala.
Je
mange peu, (plus ou moins un petit repas par jour et une
collation en soirée), je sais que c’est une offense pour
les gens d’ici mais je n’arrive vraiment pas à manger
avec des chaleurs pareilles. Pour eux c’est un honneur
de nourrir les étrangers qui apportent la nourriture sur
leur table. Ils nous servent en premier et nous offrent
ce qu’il y a de meilleur. J’essaie de faire de mon
mieux pour honorer le repas. Avant d’aller dormir, Lily
me prépare un verre de lait chaud dans lequel elle met
des vitamines liquides et qu’elle me sert avec 2
biscuits.
Ce
soir je me suis mise au lit à 21h30, j’étais épuisée par
les deux derniers jours. Je viens pour me coucher,
surprise… une immense «bébitte» court le long de mes
valises. Je dois m’y faire, c’est clair que j’aurai de
la compagnie pour dormir car elle ne semble pas vouloir
s’en aller et moi je suis trop fatiguée pour me battre
avec elle.
Le
matin je n’ai pas besoin de réveil car il y a une cloche
qui sonne autour de 3h45. Ce sont les gens du village
qui se lèvent pour prier tous ensemble (musulmans). Ils
remercient Dieu pour la protection de la nuit et la
bénédiction du jour.
Les journées demeurent très chaudes. Joseph
m’expliquait que c’est anormalement chaud cette année.
Même les gens d’ici ont beaucoup de difficulté à
s’adapter car les chaleurs sont arrivées tout d’un coup,
donc eux non plus n’ont pas eu la chance de s’adapter
graduellement.
Ce qui rend les
choses encore plus difficiles, c’est que pour des
raisons économiques, il y a des coupures d’électricité.
Elles se font généralement l’après-midi, en soirée et au
cours de la nuit. Je dois donc m’adapter à ceci dans
l’utilisation de mon ordinateur portable, le chargement
des batteries de mon appareil photo et l’utilisation du
ventilateur qui se trouve dans ma chambre. Je trouve ça
difficile mais d’un autre côté, ça me permet de réaliser
à quel point nous sommes chanceux d’avoir l’électricité
en abondance et que nous le prenons pour acquis.
Samedi était pour moi la première clinique d’Ashabari
depuis mon arrivée. Je vais essayer d’une semaine à
l’autre de relever certains cas dont je vous ferai part
afin de vous rendre plus concret l’impact que vous avez
sur la vie de quelqu’un d’autre.
Le
premier cas est une petite fille de 9 ans Shoripa qui a
subi des brûlures multiples au niveau du cou et de la
poitrine. Le poêlon dans lequel sa mère faisait cuire
des « chapatis » s’est renversé sur elle et ses
vêtements ont pris en feu. Une partie de l’argent que
nous avons versé au cours de l’année 2006 lui a permis
de recevoir les greffes de peau nécessaires à son état.
Tous les jours elle vient au centre pour faire les
exercices d’assouplissement nécessaires afin d’améliorer
la flexibilité de ses bras et de son cou.

BLOC 2
Je n’aurais
jamais pensé dire ceci mais j’ai vraiment hâte à la
saison des pluies. Ces chaleurs sont vraiment
étouffantes et écrasantes. Je suis confinée à Amtala
car la distance à voyager en autobus entre Calcutta et
Amtala (4hres aller-retour) est trop longue pour que je
puisse le faire sans risque d’attraper un coup de
chaleur. J’y suis allée cette semaine et j’en ai eu
pour deux jours à m’en remettre. En fait ce que ça
représente, c’est d’être deux heures à l’intérieur d’un
autobus qui contient deux fois la capacité qu’il peut
prendre en nombre de passagers. Qu’on soit assis ou
debout, c’est totalement épuisant car se tenir debout à
transpirer par toutes les pores de la peau pendant 2
heures de temps, où tout le monde se touche dans un
espace trop restreint, devient immensément épuisant. Si
nous sommes assis, les gens déposent sur nous leurs
bagages afin de pouvoir se tenir adéquatement, sans quoi
les risques de blessures sont assurés à 100% (il faut
avoir fait au moins une randonnée d’autobus en Inde pour
comprendre ceci). Alors le fait d’avoir les sacs des
gens sur nous, plus les personnes qui sont debout devant
toi, ça bloque totalement toute circulation d’air.
Lorsque j’arrive à destination, je suis complètement
épuisée et ma journée ne fait que commencer. Le soir
venu, je dois repasser au travers de tout ça pour
retourner où j’habite. Je dois vraiment me trouver un
pied-à-terre à Calcutta afin de diviser mon temps entre
Amtala et Calcutta.
Cette semaine
Joseph et moi devions magasiner un terrain pour
construire le refuge. Malheureusement le tout est
remis à la semaine prochaine car Joseph est malade. Il
semble avoir attrapé un microbe d’une petite fille qui
est venue à la clinique du samedi. Tout comme elle, il
fait beaucoup de fièvre et a une forte toux. Il a passé
la journée au lit, son épouse Lily qui est infirmière en
prend bien soin. La vie est tellement différente ici,
on n’a vraiment aucun contrôle sur nos horaires, ce sont
plutôt les horaires qui se définissent selon la
température et notre système immunitaire.
Compte tenu que
je ne peux pas faire avancer les choses ici, je suis
allée à Calcutta, je suis partie très tôt ce matin
autour de 6hres. L’aller a été bon dans l’ensemble si
on exclut l’accident que nous avons eu avec le scooter
rickshaw pour me rendre de Zoradocan à Amtala. Les
routes étant très étroites et compte tenu du facteur
« impatience » causé par les chaleurs qui aiguisent nos
nerfs, tout le monde est en mode survie, même dans la
conduite automobile. Souvent les véhicules passent
tellement proche les uns des autres qu’ils égratignent
la peinture de l’autre avec leur miroirs ou les poignées
de portes. Heureusement pour moi, ce matin nous
n’étions que trois à l’arrière du rickshaw (parfois nous
sommes 4 ou même 5 dans un espace qui ne contient que 3
personnes) lorsque nous avons croisé un camion de
transport de marchandises. Tout ce que j’ai vu c’est le
pare-choc du camion qui arrivait à la hauteur de mon
épaule droite. Je savais que ça allait frapper, je me
suis déplacée sur
la gauche tout en ayant le réflexe de
tirer mon épaule vers moi. Le pare-choc est passé à
coté de ma tête et a déchiré le toit du rickshaw. Les
deux conducteurs sont sortis de leur véhicule (nous
aussi), ils se sont engueulés un bon quinze minutes.
La foule autour a donné raison au rickshaw et nous
sommes repartis avec un « sun roof » sur notre
véhicule. Le rickshaw absorbe ses dommages, le
camionneur passe pour l’incompétent et l’histoire est
réglée. Avec tout ceci, je suis arrivée à Calcutta à
8:30. Je suis allée faire les commissions dont j’avais
besoin à pied, c’était très chaud et humide.
C’est toujours
surprenant de voir autant de pauvreté à Calcutta. Les
gens qui vivent sur le trottoir, ou sous des viaducs ou
des ponts. Ces gens là vivent vraiment comme des
animaux, directement couchés sur la terre. On peut voir
les poux qui sautent dans leurs cheveux tant ils en ont,
sans parler des poux de corps et de la gale car ils se
grattent constamment. Ce sont des situations qui sont
carrément inhumaines.
Quand je vois
tout ce que les gens doivent subir dans des endroits
comme ici, je vous dis que mon petit 1 et demi est un
paradis. J’admire beaucoup tous ces gens locaux qui
arrivent à survivre dans des conditions aussi difficiles
que celles-ci. Ils méritent grandement qu’on leur donne
un coup de main.
BLOC 3
Joseph va mieux, nous sommes allés voir quelques
terrains. Il a un œil sur un terrain à environ 1
kilomètre d’ici. Il me confirme que ce serait l’endroit
idéal pour construire le refuge pour femmes.
-
Il est suffisamment en retrait de la petite route
afin de ne pas contaminer les gens du village si
jamais il y avait contagion.
-
Il est à une distance idéale pour lui, pour en avoir
la gérance.
-
Les femmes auront amplement d’espace pour pouvoir se
déplacer à l’intérieur du terrain sans pour autant
être entassées les unes sur les autres.
-
Il y aura de la place pour acheminer des rallonges
éventuelles au refuge si on le désire.
-
Le seul hic est que le terrain est trop bas et très
vaseux, il faut donc prendre le temps de le remonter
et de le niveler, ce qui signifie que la
construction ne pourra pas avoir lieu lors de ce
séjour-ci. Nous devrons attendre la fin de la
saison des pluies, afin que le terrain soit
complètement asséché avant de débuter les travaux de
nivelage et finalement la construction, ce qui nous
conduit à plus ou moins février ou mars 2008.
-
L’avantage c’est que le terrain est beaucoup moins
cher et même avec les travaux pour le stabiliser, il
demeure plus avantageux financièrement.
Ce
n’est pas le seul terrain disponible mais les autres
sont beaucoup plus chers et, pour le moment, moins
appropriés aux besoins du refuge et de sa gérance.
Joseph me garantit de prendre lui-même les photos de la
construction et du développement du site au fur et à
mesure de l’avancement des travaux et il nous les
enverra au Canada si jamais je ne peux être présente
pour cet événement en 2008. De notre côté, nous
enverrons un petit journal à tous ceux et celles qui ont
contribué à la levée de fonds de cette année pour leur
confirmer la fin des travaux, avec photos à l’appui.
Actuellement Joseph négocie le prix du terrain avec le
propriétaire. Aussitôt que j’aurai des nouvelles
fraîches je vous les ferai parvenir. D’ici là, aucune
photo ne peut être prise car nous devons négocier à la
façon indienne, ce qui, je vous le dis tout de suite,
sera long et ardu.
De
mon côté, je vais me trouver une place à habiter à
Calcutta afin de pouvoir poursuivre mon travail chez les
sœurs missionnaire de la Charité (congrégation de Mère
Teresa) à raison de 3 jours par semaine. Je reviendrai
ensuite ici à Amtala afin de travailler sur le projet
terrain-refuge avec Joseph (budget, plan, etc…) et
m’assurer que les choses avancent ici également. Je
participerai aussi à la clinique du samedi à Ashabari et
vous tiendrai au courant de ce qui se passe par le biais
de ce journal.
Clinique
du samedi d’AshaBari. Cette semaine je vous présente un
jeune homme épileptique qui a eu la malchance d’avoir
une crise lorsqu’il était à bord du train des
travailleurs. Comme le train est toujours bondé, les
gens s’accrochent tant bien que mal pour faire partie du
voyage. Au moment de sa crise, il est tombé en bas du
train et a eu les deux jambes et une partie de la main
gauche sectionnés. Il est hébergé ici depuis un an
déjà. Brother Das fera des démarches pour essayer de
lui avoir des membres artificiels.
BLOC 4
Ma semaine chez
les sœurs s’est bien passée malgré le fait qu’il y a eu
beaucoup de changement. Sr. Peline qui était en charge
de Kalighat (mouroir de Mère Teresa) depuis déjà
plusieurs années, a été transférée à Singapour au cours
de l’année dernière. C’est donc Sr.Trisly qui la
remplace. Plusieurs règlements ont été changés avec la
nouvelle sœur en charge mais dans l’ensemble nous nous
adaptons bien et le travail en demeure tout aussi
intéressant. Les sœurs sont maintenant en charge de
faire les pansements et de donner les médicaments, ce
qui nous donne plus de temps à passer auprès des
patients et à aider ceux qui ont besoin d’être alimentés
au cours des repas.
Pour plusieurs
qui sont sans famille, juste le fait d’être là, de leur
tenir la main et de les écouter, ensoleille leur
journée. J’ai également recommencé à m’entraîner comme
physiothérapeute car plusieurs d’entre eux ont
immensément besoin d’exercice. Tous ceux et celles qui
sont trouvés dans des endroits fermés et qui passent la
majorité de leur journée accroupis sur leurs talons
n’arrivent plus à étirer complètement leurs jambes après
un certain temps. Nous devons donc leur masser les
jambes et les étirer doucement jusqu’à ce qu’ils
arrivent à les déplier complètement, et ensuite on les
met debout tout en les soutenant pour les faire
marcher. Le but est de les encourager à reprendre un
cours normal de vie. Souvent, à cause de la douleur,
ils manquent de motivation pour s’entraîner par
eux-mêmes, mais si nous sommes là à les encourager, ils
passent au travers et arrivent à faire de très beaux
progrès.
Pour le moment,
il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes à Kalighat.
Les cas sont assez variés, brûlures, blessures
importantes aux pieds et aux mains, tuberculose,
malaria, gale, forte fièvre, grippe, pneumonie, asthme,
cancer, maladie de peau, abcès, déshydratation, etc…
Theresa Volpato
qui est la seule infirmière volontaire actuellement à
Kalighat (elles oeuvrent avec les sœurs 9 mois par année
et ce depuis plusieurs années) s’occupait d’une partie
des pansements à faire du côté des hommes. Je l’ai
suivie pour l’assister. C’est une excellente infirmière
qui œuvre vraiment dans le contexte d’amour que lui a
enseigné Mère Teresa. J’admire beaucoup cette femme qui
est d’une simplicité et qui se donne pour les plus
pauvres de Calcutta.
Mercredi de
cette semaine, les moussons ont frappé la ville. Elles
étaient en retard d’une bonne semaine car elles auraient
dû commencer autour du 8. Dès l’aube il faisait noir
comme en pleine soirée. Les éclairs étaient de toute
beauté, mais le tonnerre claquait à en faire peur. La
pluie c’est mise à tomber et l’eau s’est accumulée d’un
bon 10 pouces dans la première heure. Heureusement
qu’ensuite la pluie s’est calmée, donc l’eau
s’accumulait moins rapidement. Je me suis promenée sur
AJC Bose Road, j’avais de l’eau jusqu’aux genoux. Les
gens et les animaux qui étaient à la rue étaient
complètement détrempés et grelottaient de froid. Je suis
allée chercher des serviettes au petit marché qui est
tout à côté et je les ai distribuées aux gens avec un
bon thé chaud.
Lorsque la
pluie arrive, les gens tentent tant bien que mal de
s’abriter, mais quand l’eau monte de façon
déraisonnable, ils n’ont aucune chance. Lorsqu’il y a
des orages ici, la température chute de façon très
drastique. Si le ciel se dégage et que le soleil se
pointe, les gens ont une chance de récupérer mais si ça
demeure nuageux pour le reste de la journée, leurs
vêtements n’arrivent plus à sécher, le froid les
traverse et les pneumonies s’ensuivent.
Plusieurs
d’entre vous me demandaient si je voyais une
amélioration d’une année à l’autre, je peux vous dire
que oui au niveau de la propreté des rues. Avant, lors
des moussons, il y avait plein d’excréments et de
saletés qui faisaient surface dans les rues lorsque
l’eau s’accumulait. Cette année c’était nettement plus
propre, l’eau était sale mais les déchets et les
excréments ne dérivaient pas partout dans les grandes
rues, ce qui aidera grandement à diminuer la contagion
qui est très élevée lors de la période des moussons.
BLOC 5
Plusieurs nouveaux patients ont été amenés à Kalighat
cette semaine. Une d’elles a la moitié droite du visage
brûlée, les deux seins, une partie de l’épaule gauche,
l’épaule droite et le bras droit complètement brûlés.
Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais le pire c’est
qu’elle est consciente. Au niveau de son bras droit, il
y avait des lambeaux de peau qui tombaient sans qu’on la
touche lorsque nous l’avons amenée vers son lit. Pour
le moment elle a été mise sous calmant et enduite d’une
espèce de crème blanche. Tout ceci a été recouvert de
gaze et, en surface, c’est un genre de papier spécial
par lequel elle est recouverte. On me dit que c’est une
technique qui a été développée ici pour traiter certains
types de brûlures.
Il y a également deux autres femmes qui souffrent de
blessures sévères aux pieds qui malheureusement les
conduiront fort probablement à l’amputation. Dans les
deux cas on voit distinctement les os de certains
orteils, les tendons, muscles etc. Il n’y a plus de
chair pour plus de la moitié du dessous du pied.
Une autre vieille dame a été amenée, elle était
tellement affamée que je n’arrivais pas à fournir pour
la nourrir. Elle semble avoir souffert d’un ACV car
elle a un côté qui n’est plus mobile du tout. Elle
était comme un petit oiseau, la bouche grande ouverte.
Elle n’a presque plus de dents, elle mastique un peu sur
ses gencives, avale pour ainsi dire tout rond et ouvre
la bouche toute grande pour une prochaine bouchée. Je
lui ai donné une deuxième portion car elle n’était pas
rassasiée après la première. Elle a bu son verre d’eau,
mangé quelques morceaux de mangue et ensuite s’est
endormie.
Dans l’autre aile, il y a un jeune homme, je dirais
d’une trentaine d’années, dont les parties génitales
sont complètement absentes. Il a une sonde pour uriner
qui est connectée directement à la vessie. Tout le
reste est ouvert à la chair vive presque jusqu’au
rectum. Il y a complètement absence de pénis ou de
testicules et la région près du rectum est encore très
infectée. Teresa me disait que lorsqu’il est arrivé, il
était infesté de vers et ce sont ces vers qui ont fait
tout ce ravage.
Du côté des hommes, il y a également beaucoup de
blessures au niveau des pieds. Les blessures sont
importantes mais semblent en bonne voie de guérison.
J’admire immensément tout ces gens qui ont des blessures
à souffrir le martyre mais qui ne se plaignent jamais.
Le fait d’avoir un toit sur leur tête, de la nourriture
dans leur ventre, la sécurité d’avoir la chance de
guérir, ils se sentent comblés et endurent leur maux
sans rien dire.
C’est certain qu’au moment ou le pansement est refait il
y a pleurs et grincements de dents mais aussitôt que
cette tâche est terminée on ne les entend plus et jamais
ils ne demandent à l’avance leur médication ou encore de
la nourriture, ils attendent que ça arrive. Ce sont
vraiment des survivants, d’autant plus qu’ils sont loin
d’avoir l’alimentation que nous avons en Amérique du
Nord.
Vivre ici me permet de prendre conscience de l’immense
chance que nous avons d’avoir le choix de la quantité et
de la variété de nourriture que nous avons à la maison.
Ici le travailleur moyen mange constamment sans aucune
exception toujours la même chose jour après jour,
semaine après semaine. Contrairement à nous, les gens
mangent pour se nourrir et non pas pour le plaisir de
manger. Depuis que je suis ici, le menu est le même
riz, patate, œuf, noix de coco, thé. Pour certains il y
aura une fois dans la semaine du poisson ou du poulet.
Naturellement on parle ici du travailleur moyen de
Calcutta, non pas du pauvre qui vit à la rue, ou encore
de ceux plus en moyens qui vivent dans les villes plus
fortunées de l’Inde.
Nous avons tellement de chance de vivre dans l’abondance
de l’Amérique. Merci à tous ceux et celles qui ont
partagé leur abondance avec eux cette année.
BLOC 6
Les moussons
tardent à s’installer, nous passons du froid au chaud ce
qui rend la température très instable et engendre des
orages électriques, des pluies torrentielles et des
cyclones. Les gens locaux nous disent que nous
subissons des chaleurs exceptionnelles pour ce temps-ci
de l’année.
Le fait que la
température demeure très élevée fait augmenter le taux
de pollution qui est déjà très élevé à Calcutta. Il y a
de ces journées où les sinus me brûlent parce que l’air
est de trop mauvaise qualité.
La majorité de
la population souffre d’infection respiratoire causée
par ces changements de température qui deviennent
infernaux. Pour ma part, je traîne un bon rhume depuis
mon arrivée (1 mois) mais, heureusement pour moi, je ne
fais pas de fièvre.
Plusieurs
régions sont aux prises avec une épidémie de fièvre
actuellement. La fièvre est vraiment l’ennemi no. 1 ici
car avec les températures élevées, elle devient très
difficile à contrôler.
Ces jours-ci,
Kalighat a donc une nouvelle vocation de clinique
externe (en plus de prendre soin des mourants et des
personnes sans logement) car plusieurs personnes
viennent chez les sœurs pour recevoir des traitements
pour l’asthme ou encore demander de la médication pour
contrôler la fièvre et l’infection, pour ensuite s’en
retourner chez eux. Ce sont majoritairement de pauvres
travailleurs qui n’ont pas les moyens de se payer des
médicaments en plus de leur nourriture. Les sœurs
offrent donc la médication gratuite pour ceux et celles
qui sont dans le besoin. Ils reviennent à chaque matin
pour recevoir leur antibiotique jusqu’à ce que
l’infection soit complètement enrayée.
Le travail chez
les sœurs est toujours aussi agréable. La nouvelle sœur
en charge, Sr.Tricelet, met beaucoup d’emphase sur le
fait que tous doivent travailler avec amour et
compassion. Elle gagne à être connue car elle est très
disciplinée et sévère autant avec les patients que les
volontaires mais on se rend rapidement compte que c’est
pour le bien de chacun. C’est une femme remplie d’amour
qui honore très bien la mémoire de Mère Teresa qui a
tant aimé ses frères et sœurs de Calcutta,
particulièrement ceux de Kalighat qui a été la première
maison de Mère Teresa.
Pour ce qui est
des photos de Nirmal Hriday (Kalighat), vous les aurez à
la fin de mon séjour car c’est une des règles d’ici,
aucune photo ne peut être prise sans permission et cette
permission nous est accordée à notre dernière journée de
travail. Je prendrai donc plusieurs photos que je
mettrai sur le site web.
Pour ceux et
celles qui m’ont demandé de prier pour eux, vous faites
partie de mes prières quotidiennes. Je prendrai
également des photos du tombeau de Mère Teresa que je
mettrai sur le site à mon retour.
A tous les
jeunes qui ont contribué aux levées de fonds, vos photos
font fureur. Il y en a même qui me demandent vos noms.
Malheureusement je n’ai pas retenu le nom de chacun de
vous mais sachez que vous faites des heureux ici. Ils
sont super contents de voir le visage de ceux qui leur
donnent un coup de main. Leur sourire vaut mille mots.
BLOC 7
Une de nos
dames qui avait une blessure très sévère au pied gauche
a été amputée cette semaine. C’est terrible quand on
sait que c’est une simple chute qui a conduit à
l’amputation. C’est une dame qui vit dans un petit
village à l’extérieur de Calcutta. Sa famille est très
pauvre et ils vivent dans une espèce de petite hutte sur
un plancher de terre battue. Il y a déjà plusieurs
mois, la dame est tombée et s’est fait une mauvaise
blessure (plaie ouverte). N’ayant pas les moyens
d’aller chez le médecin ni d’acheter les produits
nécessaires à la désinfection de sa plaie, elle lavait
sa plaie dans le petit ruisseau tout à côté de chez
elle. L’eau étant tellement infecte dans ces endroits,
l’infection a pris le dessus, les vers ont commencé à se
reproduire et quelques mois plus tard, sa famille
grattait les fonds de tiroirs pour la mettre dans le
train dans l’espoir qu’elle soit acheminée vers le
refuge de Mère Teresa.
L’équipe mobile
l’a trouvée près de « Horawh Station » et on l’a
effectivement emmenée à Kalighat, mais hélas la plaie
était trop importante et infectée pour sauver son pied.
Le physiothérapeute qui travaille à Calcutta a déjà
préparé sa charte d’exercices pour renforcer sa jambe
droite et éviter que les muscles de la jambe gauche
s’atrophient. Elle m’a été assignée comme patiente
jusqu’à mon départ afin de l’aider à faire ses exercices
afin qu’elle puisse marcher à nouveau. Avec ses
exercices, ses deux jambes seront assez fortes pour
recevoir un membre artificiel l’an prochain. La
guérison de l’os et de la peau au niveau de l’amputation
demande un bon 9 mois minimum avant de pouvoir subir la
pression sur le membre artificiel. Les membres
artificiels qui sont fournis gratuitement sont assez
rudimentaires, ce sont des jambes en bois léger avec des
attelles.
Cette semaine
je lavais des dames dans la salle d’eau. C’est vraiment
un lavage de base. Le patient s’assoit ou se couche sur
un espace en granite (selon sa condition) et à côté de
lui il y a un bassin rempli d’eau froide. On utilise un
bol à mains dans lequel on prend l’eau, et on lui verse
sur la tête. On prend ensuite un savon qu’on frotte sur
un morceau de tissu qui ressemble un peu à ce qu’on se
sert pour laver les chaudrons, mais en plus doux, et on
lave le patient avec ça, incluant les cheveux. Ensuite,
on rince de la même manière et on l’essuie avec une
serviette qui est en fait un linge à vaisselle. Pour
les patients qui sont incontinents, on leur attache avec
des nœuds une couche en tissu qui n’est pas plus épaisse
qu’un linge à vaisselle, on leur enfile une robe et le
tour est joué.
Pour ce qui est
du lavage des vêtements, c’est un principe similaire.
On trempe d’abord les vêtements souillés dans un premier
bassin afin de déloger les excréments. C’est ensuite
envoyé dans un deuxième bassin où le vêtement sera rincé
de nouveau. Les gros bassins de granite ont environ 4
pieds de large par 6 pieds de long. A la troisième
étape, les vêtements sont acheminés dans un troisième
bassin savonneux où les gens vont bouger les vêtements
avec un bâton. L’étape suivante consiste à sortir les
vêtements savonneux et remplis d’eau pour les mettre
dans un bassin d’environ 1 pied de hauteur par 4 pieds
de long. A cette étape, les volontaires vont piétiner
les vêtements pour brasser l’eau et en même temps faire
sortir la saleté du vêtement. Pour l’étape finale, les
vêtements sont acheminés dans un autre gros bassin pour
un premier rinçage et dans un autre pour un second
rinçage. Lorsque les vêtements sont retirés du dernier
bassin de rinçage, on les plie en deux autour d’une
barre de bois et on tourne dans le même sens pour en
extirper l’eau. Lorsqu’il est bien tordu, on le met
dans un grand panier d’osier où il sera monté sur le
toit pour le séchage.
Je vais essayer
de penser de vous prendre des photos à la fin de mon
séjour (lorsque la permission me sera accordée) pour
vous donner une idée plus claire du système.
En attendant, voici des photos prises par ma fille
l'année passée :
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Cuves où sont lavés les vêtements. |
Cuves pour faire la vaisselle. |
Kalighat, du côté des hommes. |
BLOC 8
Les
3 et 4 juillet étaient d’excellentes journées pour
apprendre à nager. La pluie a commencé vers 3
heures le matin pour se terminer tard en matinée.
Quand je suis partie pour travailler j’avais de
l’eau au dessus des chevilles et lorsque je suis
revenue, jusqu’aux cuisses. C’était la première
fois de ma vie que je voyais des autobus faire des
vagues. Compte tenu que les roues de l’autobus
étaient submergées par l’eau, nous n’avions
pratiquement plus de freins. A chaque fois que le
conducteur freinait pour laisser descendre
quelqu’un, l’autobus vibrait sans bon sens, on le
ressentait jusque dans le cerveau. De voir toute
cette eau de l’intérieur de l’autobus c’était drôle,
mais lorsque nous devions descendre, c’était une
toute autre affaire. Les gens marchaient sur le
trottoir avec de l’eau à mi-cuisse mais avec la
petite vague que laissait l’autobus, ils se
retrouvaient avec de l’eau au dessus du
califourchon. Plusieurs messieurs ont lancé des
cris de mort, quant à moi je peux vous confirmer que
ça saisit le québécois…..je me suis mise à parler
français automatiquement. La froideur de l’eau est
déplaisante mais la couleur l’est également, c’est
loin d’être de l’eau bénite. Par contre, pour la
première fois de ma vie, j’ai vu les chauffeurs de
Calcutta rouler tranquillement. Ils n’avaient pas
le choix car l’autobus étant plus léger, ils avaient
très peu de contrôle. Ils roulaient vraiment
doucement en ligne droite mais ils ont roulé toute
la journée. Certaines rues étaient complètement
inondées, donc fermées. Les quelques uns qui
s’aventuraient avaient de l’eau jusqu’à la taille.
Quant aux
sœurs, elles étaient bien contentes de voir arriver
les quelques volontaires qui avaient choisi de
braver la tempête. Le déjeuner était plutôt sec,
compte tenu que plusieurs livraisons (entre autres
les bananes) n’avaient pu être faites à cause de la
température. Les patients n’avaient que trois
tranches de pain chacun, avec du beurre que sur la
première tranche afin qu’il y en ait pour tout le
monde. Ils trempaient leur pain dans leur thé pour
que ce soit moins sec.
Le fait que
nous étions beaucoup moins nombreux a rendu le
travail plus ardu. Il fallait remplir les même
tâches qu’à l’habitude mais nous étions la moitié
moins de volontaires pour le faire. Les sœurs qui
arrivent de la maison mère pour travailler à
Kalighat n’avaient pu se rendre, leur chauffeur ne
s’étant pas présenté.
Nous avons
travaillé fort mais la journée a été très agréable.
Chacun donnait son maximum et tout se faisait dans
la joie. Les quelques sœurs sur place (qui habitent
dans l’édifice) riaient et blaguaient avec nous,
elles ont vraiment un bon sens de l’humour.
Lorsque je
suis revenue à la maison, je me suis dépêchée à me
laver car j’avais faim. Je savais qu’il me restait
une mangue de la veille, je me sentais très
privilégiée car les fruits n’avaient pas été livrés
dans la ville à cause de la mauvaise température.
A ma grande
surprise, il y en avait un autre qui s’était trouvé
privilégié car ma mangue était mangée au trois
quart. Le « mausus » de rat qui rode la nuit dans
le dortoir avait déchiré mon sac en plastique et
bouffé ma mangue.
Leçon du
jour, on ne garde plus de nourriture dans la
chambre. Le problème, c’est que lui il ne le sait
pas et il revient tout le temps.
BLOC 9
Cette semaine,
les pluies ont été beaucoup plus clémentes, ce qui je
l’avoue a fait le plus grand bien. Avec des
températures comme ce que nous avons vécu la semaine
dernière, je comprends beaucoup mieux pourquoi les
indiens ont tant de maladies de peau. C’est incroyable
ce que notre peau subit dans des conditions semblables.
Nous passons d’une journée chaude à une journée
pluvieuse. Lors des journées de pluie, l’humidité est
très élevée, donc nos vêtements n’arrivent plus à
sécher adéquatement. Nous sentons tous le rat
mort....nous avons exactement l’odeur qu’ont les
vêtements qu’on oublie dans la laveuse. Compte tenu que
nous lavons nos vêtements à la main (dans une
chaudière), nous les laissons tremper au moins une heure
avec du savon en poudre. Nous essayons ensuite de
brasser du mieux que l’on peut avec nos mains pour en
extraire le maximum de saleté (vive les laveuses
automatiques) et on les tord tant bien que mal. On
passe ensuite au cycle de rinçage, on vide la chaudière
d’eau savonneuse et on la remplit d’eau claire (je vous
dis qu’elle ne reste pas claire longtemps). On brasse
le tout pour encore quelques minutes, on tord à la main
pour en extraire le maximum d’eau et on met nos
vêtements à sécher à l’intérieur parce que naturellement
dehors il pleut. Vient ensuite l’étape du rat mort...
nos vêtements ne sèchent jamais en profondeur.
La suite n’est
pas vraiment plus agréable car compte tenu que nous
rinçons tant bien que mal, il reste toujours du savon
dans nos vêtements alors lorsque nous avons des périodes
ensoleillées ou la température monte, la transpiration
mêlée au chimique du savon fait que ça nous brûle et ça
nous pique à la grandeur du corps. C’est vraiment un
stress terrible pour la peau. Si quelqu’un veut faire
fortune, venez vous installer près des dortoirs des
volontaires avec une laveuse et une sécheuse
automatique.....
Blague à part,
oui, parfois c’est difficile mais nous avons la chance
que tout ceci soit temporaire. Malheureusement, les gens
de la rue ou ceux qui vivent pauvrement ne peuvent pas
en dire autant.
Quelques
nouvelles du terrain. Nous sommes enfin arrivés à
une entente avec les propriétaires actuels du
terrain. Je ne connais pas encore l’exactitude de
la dimension mais je vous en dirai davantage au
cours des semaines à venir. Actuellement nous en
sommes à faire vérifier que le terrain est bel et
bien clair de tout emprunt et ceci se fait à trois
endroits différents (Amtala, Kolkata et Delhi). Le
tout devrait prendre autour d’une semaine. Nous
passerons ensuite à l’étape de l’enregistrement et
dès que nous aurons les papiers en main, je vous
ferai part de tous les détails avec exactitude.
Ma semaine chez
les soeurs a été très agréable malgré le fait qu’il nous
manquait Sr. Triselet qui a été hospitalisée en fin de
semaine dernière suite à une forte fièvre contractée à
Kalighat (mouroir de Mère Teresa). On m’a dit
aujourd’hui qu’elle allait mieux malgré le fait qu’elle
soit encore très malade, alors merci de la mettre dans
vos prières.
Hier 9 juillet,
nous avons perdu une patiente à Kalighat. Je suis
restée à son chevet jusqu’à midi et elle est décédée à
13h30. C’est une patiente qui était en phase terminale
d’un cancer de l’utérus. Elle avait été admise la
semaine dernière, son cancer était généralisé et elle
souffrait beaucoup. Lorsque nous sommes entrés mardi
matin, elle baignait dans son sang. Elle n’avait pas
appelé la « massy » (femme indienne) au cours de la nuit
pour ne pas déranger.
Nous l’avons
lavée et lui avons mis une couche (une vraie comme on
connaît chez nous) afin d’absorber le sang qu’elle
perdait. Elle a immensément souffert avant de mourir.
Elle n’arrivait plus à avaler la médication que nous lui
donnions par la bouche et ses veines étaient tellement
petites qu’elles éclataient lorsque l’infirmière
essayait de la lui donner par intraveineuse.
Cela a été un
accompagnement long et difficile compte tenu de ses
souffrances car elle a été consciente presque jusquà la
fin.
Bloc 10
Cette semaine nous avons perdu une autre patiente à
Kalighat. Elle était arrivée en très mauvais état.
Elle était à peine consciente et il y avait tellement de
pus dans ses yeux que ça recouvrait entièrement la
surface de l’oeil sur les deux yeux. Elle a
probablement dû être privée de nourriture pendant
plusieurs jours avant d’être trouvée car elle était
déshydratée et très maigre.
À
l’aide d’une cuillère, nous lui avons versé un peu de
lait chaud dans la bouche, elle avait au moins le
réflexe d’avaler. Un peu plus tard, nous avons essayé
de la faire manger (purée) mais elle ne répondait plus.
Elle a été mise sous intraveineuse mais malgré les
efforts des soeurs pour lui venir en aide, elle est
décédée le lendemain.
Malgré que se soit une mince consolation, elle est au
moins décédée entourée d’amour et dans un certain
confort par rapport à ce qu’elle vivait au moment où
elle fut trouvée.
L’autre dame dont je vous parlais dans le bloc 5 qui
était brûlée sur une grande partie de son corps (dont
toute la poitrine) récupère de mieux en mieux. J’admire
tellement ces gens pour leur force et pour leur
courage.
Toute la peau de surface (sa couleur) est complètement
partie (fondue) du nombril au cou incluant les seins et
les deux bras, elle est couleur chair avec une espèce de
suintement blanc sur le dessus.
Elle est consciente depuis son arrivée et jamais nous ne
l’avons entendue se plaindre. Elle a pleuré en douceur
à quelques occasions lorsque ses pansements étaient
retirés mais c’était tellement rien. Oui elle reçoit
des calmants pour soulager la douleur, mais rien de
comparable à ce qu’elle recevrait si elle était admise
dans un centre chez nous.
C’est une bonbonne de kérosène (avec une petite pompe
sur le côté) qui a explosé au moment où elle faisait la
cuisson.
En
passant, chapeau à toutes les soeurs et frères
Missionnaires de la Charité (congrégation de Mère
Teresa) qui ne sont pas nécessairement infirmiers ou
infirmières mais qui se donnent à 100 % pour venir en
aide à leur prochain sans égard de leur religion ou de
leur croyance. Elles nous permettent (volontaires) de
vivre avec elles des expériences humaines uniques qui
enrichissent incroyablement nos vies.
Bloc 11
Les moussons ont rendu difficile la vie de plusieurs
personnes qui n’ont pas de toit sur la tête. Ces gens
pauvres qui vivent à la rue sont vraiment à la merci de
la température. Hier encore je me suis fait prendre par
la pluie, et malgré le fait que j’avais mon parapluie en
main, la pluie était tellement intense que je me suis
retrouvée trempée des pieds à la tête. Je revenais au
dortoir mon souper en mains. En voyant tous ces gens
debout dans un recoin essayant tant bien que mal de se
protéger de la pluie, je me suis sentie bénie d’avoir un
endroit pour habiter et des vêtements secs à me mettre
sur le dos. Nous sommes tellement gâtés par la vie que
nous oublions de remercier pour toutes ces petites
choses que nous prenons pour acquises (en tout cas, moi
j’oublie).
Je
regardais les rickshaw qui sont tous des travailleurs
sans-abri recroquevillés sur leur banc de calèche pour
la nuit avec une toile devant eux pour se protéger de la
pluie. Ils ont un travail difficile et physique à
accomplir et aucun d’eux n’aura droit à une nuit
reposante, mais le travail lui sera au rendez-vous
demain.
A
Kalighat ce n’était pas vraiment plus facile, trois
dames ont dû quitter le centre parce qu’elles allaient
beaucoup mieux et qu’il fallait faire de la place pour
d’autres patientes. Ce sont trois dames sans-abri qui
retournaient à la rue. Elles pleuraient et j’avais
moi-même le coeur en morceaux parce que le refuge
n’était pas prêt. Elles ont été conduites à Sealdah
station, là où elles ont été trouvées.
En
échange, nous avons reçu une lépreuse et deux autres
dames qui sont en très mauvaise condition. La lépreuse a
été mise à l’écart car actuellement elle est
contagieuse. Elle sera envoyée éventuellement à la
léproserie de Titagarth. Elle a déjà perdu tous ses
doigts de la main gauche et nous essayons actuellement
de sauver ses deux pieds. Elle sera vue par le médecin
vendredi prochain et selon le verdict du docteur elle
sera envoyée à Titagarth pour être ou soignée ou
amputée.
En
ce qui concerne les deux dames, elles ont des plaies
importantes avec vers et l’une d’elle a une très forte
fièvre. Actuellement beaucoup de patients font de fortes
fièvres, il est très possible que ce soit la fièvre
typhoïde car une des soeurs l’a contractée récemment.
Bloc 12
Kalighat déborde de patients ces jours-ci, les moussons
ont commencé à faire leurs ravages. Plusieurs femmes
nous sont arrivées avec des plaies importantes remplies
de vers (maggots). Les
infirmières présentes ne suffisent plus à la tâche, j’ai
donc contribué à aider aujourd’hui.
Ce
type de plaie comme je l’ai déjà dit auparavant a une
odeur très particulière (pourriture).
J’ai beau avoir le coeur solide, sincèrement, au nombre
où elles étaient, c’était à lever le coeur. On enlevait
les vers par centaines chez certains patients, l’odeur
empestait toute la salle.
Une des nouvelles arrivées a toute la moitié gauche à
l’arrière de la tête mangée par les vers et une autre
plaie sur le dessus du crâne d’environ 3 pouces de
circonférence.
Pour les autres, les plaies sont majoritairement au
niveau des pieds. Chez l’une d’entre elles, on voit
directement l’os du gros orteil sur toute sa longueur.
Beaucoup de plaies sont entre les orteils, les vers se
multiplient et font leur ravage jusque sur le dessus du
pied.
Le
pied devient tout gonflé et quand on ouvre (car la peau
est super mince comme lorsqu’un fruit est pourri) les
vers fourmillent de partout et il faut, avec des petites
pinces, les ôter un à un.
C’est une tâche qui est longue, laborieuse et tellement
souffrante pour le patient.
Lorsque les plaies sont super importantes, le patient
reçoit une injection pour contrer la douleur, mais pour
les autres on serre les dents car malheureusement il n’y
en a pas pour tout le monde.
Il
y a deux causes à toutes ces infections que subissent
les gens. La
première est le manque d’hygiène et la deuxième est le
manque d’information.
Ces pauvre gens qui vivent à la rue sont tellement
limités par l’hygiène qu’ils développent malgré eux ce
type de plaie, surtout au temps des moussons où les
plaies sont en contact avec l’eau qui est insalubre.
Pour notre part, nous entrons au dortoir et nous nous
lavons les pieds sur-le-champ (surtout si nous avons un
bobo quelconque) et nous appliquons immédiatement un
onguent antibiotique, mais eux n’ont pas cette
possibilité.
Pour vous donner un exemple, au dortoir où j’habite, les
gens qui nous servent dorment dans l’entrée par terre
sur des tapis réservés à cette fin (comme les gens de la
rue).
Lorsque je suis
arrivée,
le manager m’assigne mon lit, il me donne un drap et une
serviette. Je lui demande un deuxième drap pour me
couvrir. Il
me dit non, on donne juste un drap, tu as un matelas.
J’ai vraiment dû insister pour avoir deux draps car il
n’était pas question que je dorme directement sur un
matelas où tout le monde a couché avec des maladies de
peau etc... Plusieurs
volontaires attrapent la gale, des poux de corps et de
tête de cette façon. Au début cela a été la guerre mais
maintenant il me donne systématiquement deux draps à
chaque semaine.
En
échange pour le remercier du surplus de lavage que je
lui cause, chaque matin avant de partir travailler, je
monte mes valises sur mon lit pour faciliter le ménage
et je ne laisse rien traîner dans mes quartiers (qui
sont en fait un lit simple et le dessous du lit). On ne
dispose que de très peu d’espace dans les dortoirs.
J’ai mis
une corde autour de mon lit et je fais sécher mes
vêtements là-dessus. Le
soir, je mets mes valises en dessous de mon lit (c’est
là que le fameux rat vient faire son nid) pour avoir mon
espace pour dormir. J’ai pris des
photos, je vais les faire mettre sur le web sous peu.
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